Ancienne trésorière d’Opto Services, Anaïs Barut raconte sa scolarité à l’Institut d’Optique et son expérience avec la start-up dont elle est CEO et co-fondatrice : DAMAE Medical.

Comment ton projet s’est-il mis en place?

J’hésitais déjà au moment du bac à choisir entre des études scientifiques ou commerciales. Finalement, j’ai choisi les sciences en me disant que je ferai après du business. Par business, j’entendais les études économiques en général, et pas forcément tout de suite l’entreprenariat. Après mes années de classe préparatoire en physique et chimie, j’ai intégré SupOptique. Je connaissais déjà quelqu’un qui avait fait la filière Innovation-Entrepreneur.e.s (FIE) de l’école et avait monté une start-up. De plus, quand j’ai vu que cette filière était équivalente à la filière classique et à l’apprentissage, et que l’on pouvait suivre les mêmes cours tout en s’investissant dans l’entreprenariat, je me suis lancée.

En première année, on était huit sur un projet et on était assez libre. Le côté commercial en parallèle de l’aspect scientifique du projet m’a, tout de suite, beaucoup plu. Ensuite, en deuxième année, la FIE nous a permis de rencontrer Arnaud DUBOIS (Enseignant-Chercheur de l’Institut d’Optique) qui est le directeur scientifique de la société aujourd’hui.

Quand il nous a présenté l’idée, ça nous a directement intéressés parce qu’il y avait de la propriété intellectuelle contrairement à notre précédente idée. En effet, il s’agissait d’un détecteur de somnolence au volant**.** Le côté médical aussi nous intéressait beaucoup, surtout que ça allait forcément toucher au cancer, même si on n’était pas encore sûr à ce moment-là que l’on travaillerait sur le cancer de la peau. C’est ainsi que nous nous sommes concentré.e.s sur le sujet, à trois, avec Arnaud DUBOIS et David SIRET, Directeur technique de la société, en nous basant sur l’invention d’Arnaud DUBOIS et notre projet de somnolence au volant. David a fait son stage de deuxième année sur le projet et on a tous les deux fait notre stage de troisième dessus et la start-up a été officiellement créée juste après cela. Elle est donc réellement née dans la FIE.

DAMAE est-elle toujours une start-up?

Aujourd’hui, on est 25 dans la société. On n’est plus les trois fondateurs dans la petite salle de réunion, on a un petit peu plus grossi. Nous ne sommes pas encore dans une phase où on délivre un produit comme des petits pains, comme Amazon, où on a trouvé notre marché et tout se passe bien. Donc il y a toujours des réflexions à la fois business et technique. Des questionnements business du type « Comment commercialiser le produit ? À quel prix ? Sous quel business model ? Pour quelle proposition de valeur ? Et quel produit ? ». Il y a également, encore pas mal de problématiques de R&D puisque l’on travaille sur les nouvelles générations de produits. En ce sens, nous n’avons pas encore trouvé le parfait Product/Market fit et on peut toujours être considéré comme une start-up.

Peux-tu nous décrire ton expérience en tant qu’entrepreneure?

Damae est la première vraie société dans laquelle j’ai eu un job, parce qu’avant, je n’ai effectué que des stages. Il y avait donc ce côté page blanche où tu vois tout ce que tu peux dire où décider se réaliser. C’est un peu comme si tu écrivais tes rêves sur un papier et ça se faisait. C’est une aventure très enrichissante, puisqu’on a pu trouver les moyens de nos ambitions et grâce à cela, on a pu faire des levées de fonds, recruter des personnes plus expérimentées que nous sur certains sujets. C’est aussi extrêmement enrichissant, autant d’un point de vue social que médical. En effet, nous interagissons beaucoup avec l’environnement médical et, en tant qu’ingénieur.e, c’est particulièrement intéressant d’échanger avec les patients. Nous pouvons, ainsi, voir acte de ce que l’on fait. C’est aussi une belle aventure, qui donne l’occasion de faire de belles rencontres et de pouvoir travailler avec des personnes brillantes.

Quelles sont les plus grandes difficultés auxquelles tu as été confrontée?

Au démarrage, je pense que c’est probablement de se projeter et de créer une vision. On doit présenter un projet avant-gardiste, tandis qu’on a des problèmes opérationnels de trésorerie, par exemple, ou encore de preuve de concept technique. On doit se projeter dans 5 ans et faire rêver des investisseurs sur un projet qui, nous-même, nous semble impossible. On doit être capable à la fois d’être très opérationnel.le.s et stratégiques dès le début. En parallèle, beaucoup de personnes ne croient pas en ton projet, se demandant : « Pourquoi tu persistes avec ton innovation ? ». Ces personnes sont sûres que ce n’est pas possible et que ça ne sert à rien de continuer.  
Aujourd’hui, la plus grande difficulté à laquelle je suis confrontée c’est l’international. On doit innover rapidement en produisant un dispositif robuste et fiable. Ces deux aspects sont deux trains qui ne roulent pas à la même allure. De plus, le domaine médical et celui de la technologie sont chronophages. Il faut du temps pour faire des études cliniques et obtenir le marquage CE qui nous permet de commercialiser et avoir accès aux remboursements. Ce qui est aussi très compliqué c’est de créer une équipe, trouver les bonnes personnes et de les motiver sur la durée.

Qu’est ce qui te plaît le plus dans ce que tu fais?

Je pense que ce qui m’a toujours plu c’était l’impact. Parce que le courage et la motivation découlent aussi de l’impact. Quand on fait quelque chose que l’on aime, on ne compte pas ses heures et on oublie vite nos problèmes du quotidien. Il suffit juste de faire un petit tour à l’hôpital et voir l’impact de ce que l’on fait pour que la motivation revienne.
Mon travail m’a aussi permis de me faire un réseau. J’ai rencontré énormément de personnes avec un parcours différent, ayant des sociétés différentes, que ce soit dans le médical ou non. C’est intéressant de voir toutes ces entreprises et ces innovations et je suis ravie de baigner dans ce milieu.
L’évolution de mon rôle au sein de la société est également une chose qui me plaît beaucoup. Au début, je travaillais sur des sujets techniques, des business plans et de la comptabilité. Ensuite, je suis allée chercher de l’argent auprès d’investisseurs, donc c’est un autre métier. Et j’ai fait des études de marché, des études cliniques, du développement commercial et international, etc. Mon travail évolue en fonction de la taille de la société et de ses enjeux et c’est plaisant de continuer à apprendre même en dehors de l’école.

Quelle était ton ambition en rejoignant Opto Services?

Il y avait deux ambitions. Tout d’abord, c’était la curiosité de voir quels types de missions on pouvait nous donner. Parce qu’il y a une grande partie expérimentale, mais on ne voit pas forcément comment cela s’applique au monde professionnel, surtout sur une mission ponctuelle, c’est-à-dire, hors du cadre des stages.
Je voulais également en savoir plus sur la gestion de projet et pouvoir voir les processus qui avait été mis en place au sein d’Opto Services, avoir une première expérience et pouvoir trier ce qui marchait de ce qui marchait moins et de pouvoir les adapter à mes futurs projets.
De plus, la trésorerie est quelque chose qui m’intéresse énormément, c’est d’ailleurs pour cela que j’ai rejoint HEC.
Plus généralement, c’est une belle association, avec des événements inter et intra-JE très sympas.

Quel est ton meilleur souvenir à Opto Services?

J’y ai rencontré certains de mes meilleur.es ami.es! On se remémore encore de temps à autres, de certains souvenirs. C’est un cadre assez professionnel, mais quand même géré par des étudiants et on peut créer de très bons souvenirs de notre début de vie professionnelle.

Quels conseils donnerais-tu aux futur.e.s diplômé.e.s?

Je dirais déjà d’utiliser au maximum vos années d’études pour faire des activités professionnalisantes. Il ne faut pas hésiter à aller à un forum, à rencontrer des étudiants d’autres écoles, à bien choisir vos stages pour optimiser votre entrée dans le monde professionnel.
Il faut expérimenter le plus possible pour être sûr que vous voulez être entrepreneur, faire de la finance ou encore être ingénieur dans la défense. Vous avez trois ans devant vous donc profitez-en. Une fois dans le monde professionnel, changer de voie sera plus compliqué.
Si vous avez un projet, n’hésitez pas à vous lancer. C’est un mindset très américain mais il faut garder en tête que les échecs sont une bonne chose. Par exemple à Damae, c’est rare que l’on voit un échec. Il s’agit, plutôt, d’un problème auquel on fait face, on change de stratégie et on avance. Si tout se passe bien, c’est là qu’il faut s’inquiéter car ça signifie que l’on ne va pas assez vite et qu’on ne prend pas assez de risques. Optimisez donc ces trois années en sortant de votre zone de confort.